Trois œuvres d’art racontent Belval
Nous vous en parlions dans le dernier Wunnen, la loi du « 1 % artistique » vise à investir 1 % du coût global d’un immeuble à l’intégration d’œuvres artistiques. Ce principe concerne les constructions, réalisées par l’État, par les communes ou par les établissements publics.
Ce mécanisme vise à promouvoir la création contemporaine et à rendre l’art accessible au public dans les espaces de vie collectifs.
C’est dans ce cadre que le Fonds Belval a lancé le projet « Public Art Experience ». Il s’agit d’un concours portant sur la conception et la réalisation de trois œuvres destinées à des espaces publics spécifiques du quartier. Après une sélection en deux phases, le jury a retenu trois projets sur la base de critères précis : la qualité artistique, la pertinence par rapport au lieu, l’originalité, la durabilité, la faisabilité technique et le respect du budget.
Les œuvres ont été inaugurées le 5 juin 2026. Nous sommes allés visiter ce musée à ciel ouvert dans le quartier universitaire autour des vénérables hauts-fourneaux.
En parallèle, Cécile Dupaquier
La première œuvre transforme un imposant mur en béton en conteur du lieu. Cécile Dupaquier a placé quatorze bandes verticales en acier inoxydable poli sur les trois faces du volume. Ces bandes miroitent la lumière de l’environnement bâti, créant un parallèle entre l’art et l’architecture. La verticalité rappelle la hauteur des installations sidérurgiques, quand au matériau utilisé, l’acier, est autant un clin d’œil à l’industrie qu’aux façades en verre des bâtiments modernes.
Furnished Line IV, Hisae Ikenaga
La deuxième œuvre est énigmatique. Elle se présente comme un entrelacement de tuyaux en acier qui se reflète dans l’eau. En contournant l’œuvre, des géométries apparaissent, des tubes se superposent, des lignes se croisent, mais jamais rien de concret. Les formes se mêlent et se démêlent selon le point de vue, telle une pelote de laine en acier. Hisae Ikenaga a voulu exprimer le mouvement de l’acier : la circulation des matériaux, des corps, des histoires superposées dans l’espace. Sa ligne dessine des fragments d’objets provenant des transports publics, de rampes d’escalier, de salles de bains ou de mobilier hospitalier.
Transmutation, Naïmé Perrette
La troisième œuvre est moins imposante, on la découvre en s’approchant d’un bassin. Sur l’eau, trois formes évoquant des coquillages sont délicatement posées, et semblent s’ouvrir. Comme dans la Naissance de Vénus de Botticelli, on retrouve l’idée de l’émergence du beau. Naïmé Perrette a travaillé le thème du changement de la nature, de la modification de la matière. L’industrie a considérablement remodelé la région du Minett, transformant les champs et forêts en hauts-fourneaux et laminoirs. Transmutation raconte la mutation de ce paysage — de l’extraction de minerai et la production de l’acier, à l’exploitation et la production des avoirs. Comme pour l’alchimie, l’œuvre évoque la transformation de métaux non précieux en métaux nobles.
Une approche qui révèle le lieu
Sur ce site marqué par l’essor de l’industrie luxembourgeoise, son déclin, et la naissance d’une société de services et de savoir, l’intégration d’œuvres d’art prend tout son sens. Ces créations ne commémorent pas un événement, elles n’honorent pas un personnage illustre, elles n’ont pas comme objectif d’étaler la réussite des propriétaires, mais elles ont le mérite d’interpeller. On peut visiter Belval en regardant uniquement les hauts-fourneaux ; en se faisant sa place dans le milieu universitaire ; on peut également y voir une architecture contemporaine de qualité. Mais pour vraiment comprendre ce lieu, nous avons besoin de connaissances historiques, industrielles, politiques, etc. L’art peut apporter une approche complémentaire qui relève plus des sensations que du savoir académique.





















