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Wunnen Luxembourg
Publié le mercredi 4 juillet 2018

Le mystère est dans le pré

Cinéma : « Gutland » de Govinda Van Maele

Cinéma : « Gutland » de Govinda Van Maele
Cinéma : « Gutland » de Govinda Van Maele
Frederick Lau, dans le rôle de Jens, l'étrange étranger

J'ai été conquis par le côté alangui et contemplatif de la première heure. Tout semble aller pour le mieux dans cet endroit qui a des airs de fin du bout du monde, mais ici et là le réalisateur laisse poindre des notes d'étrangeté et d'anxiété : le sourire mi-ironique, mi-menaçant du maire Jos Gierens (excellent Marco Lorenzini) ou encore la découverte d'une vieille ferme laissée à l'abandon, morte dans sa poussière et ses toiles d'araignée, surveillée par un mystérieux chien noir.

On devine que tout ne tourne pas vraiment rond dans ce monde bucolique.

J'aime beaucoup le portrait que fait le réalisateur de ces êtres rustres et taiseux (chapeau à Leo Folschette !), travailleurs et soudés ensemble, mais qui ne rechignent pas à faire la noce et à s'appliquer dans la fanfare locale. Les séquences autour des travaux de la ferme et de la récolte sont imprégnées d'une poésie pastorale qui fait presque penser à Terrence Malick, sans le côté mystique.

Bien sûr, le film, surtout dans sa première heure, est sublimé par la rayonnante Vicky Krieps, qui compose une sorte de fille-soleil traversée de lumière et de joie de vivre.

Les gros problèmes arrivent dans la deuxième heure du film. Nous voilà bien calés dans le décor, les personnages nous ont clairement été exposés, avec une présence forte, une densité, une profondeur réelle. Le mystère est entier, plusieurs questions restent en suspens, on sent que quelque chose de grave s'est passé ou va passer, et on veut voir la suite.

La suite justement. Techniquement, la 2e heure de film reste maîtrisée, les lumières, les espaces, le montage, la fluidité, la mécanique fonctionne toujours, mais quelque chose s'écroule au niveau de la narration. On a l'impression que tout le mystère accumulé pendant la première partie éclate comme une bulle de savon. Les personnages ne sont guère développés, ils pédalent à vide et rien ne décolle vraiment, le récit semble de plus en plus décousu. Je pense que là où ça pêche vraiment, c'est au niveau du scénario, qui cale et hésite entre plusieurs directions - film fantastique, thriller rural, film noir -, sans qu'aucune ne soit aboutie, et donnant lieu à quelques pirouettes quasiment grotesques.

Il y a quand même quelques belles idées de cinéma, je pense en particulier à une étrange course-poursuite au milieu d'un champ de céréales.

Par ailleurs, la dernière partie du film surligne et se complaît dans une sorte de message à valeur socio-politique : comment un être étranger, forcément différent, finit par être intégré, assimilé, phagocyté par une communauté renfermée sur elle-même et qui l'oblige à accepter ses rituels et son mode de fonctionnement. Comment un individu fort de sa différence finit par se laisser couler dans le moule de la communauté, avec un sentiment mêlé de regret et de satisfaction. Un peu trop démonstratif comme exercice à mon goût, même si la dernière scène est très belle.

Tout cela étant dit, je vous recommande quand même d'aller voir « Gutland », qui dénote une vraie patte de réalisateur, un regard d'artiste sensible et une grande souplesse technique. Le film bénéficie aussi d'une photographie extraordinaire et d'un jeu d'acteurs assez prenant. Enfin, malgré le côté erratique de la 2e heure, on a droit à un regard assez affuté sur le pays. Un Luxembourg champêtre et profond, hypnotisant parfois, que l'on a envie à la fois d'aimer et de fuir – comme le dit si bien Lucy-Vicky à un moment de l'histoire.

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