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Article publié le 5 novembre 2009 - Wunnen n° 16 - novembre-décembre 2009

18.11.2009

Faim d’avenir

Ville d’Esch-sur-Alzette

Ville d’Esch-sur-Alzette
Pavillon ArcelorMittal, Nonnewisen Cet ouvrage est le symbole du lien historique qui lie Esch-sur-Alzette au géant métallurgique.
Architectes : Benedetta Tagliabue (EMBT) - Stefano Moreno (Moreno Architecture)


Ville d’Esch-sur-Alzette
Tous les qualificatifs semblent déjà avoir été inventés pour décrire les mille et un visages d’Esch-sur-Alzette : ville d’accueil et ville d’avenir, ville de commerce et ville d’entreprise, ville de travail et ville d’innovation, ville de culture et ville d’Europe… Même si Esch ne se laisse pas résumer par quelques formules stéréotypées, la ville possède une identité forte à laquelle se rattachent la plupart de ses habitants, un caractère positif et déterminé forgé par près d’un siècle de culture industrielle.
C’est l’exploitation du minerai de fer qui, à partir de la deuxième moitié du 19e siècle, a fait de la petite bourgade rurale une cité sidérurgique florissante, attirant des milliers de nouveaux habitants et devenant la grande ville par excellence dans tout le sud du pays et même dans les régions limitrophes.
Au cours du 20e siècle, Esch pouvait légitimement être considérée comme un miroir d’Europe, avec un mélange de populations d’origines diverses, tissant de solides liens interculturels.

Perpétuer le rôle pionnier de la ville


La prospérité industrielle a permis l’enrichissement de la ville sur le plan du commerce et de la culture, des infrastructures et de la santé. Esch est devenu un terreau multicouche sur lequel ont germé les idées, les projets, les compétences et les talents. La crise sidérurgique des années 1970, tout en bousculant un certain nombre d’acquis et de réflexes, a poussé les mentalités à scruter d’autres horizons que celui de l’acier seul. Les chantiers se sont diversifiés et de nouveaux chemins se sont dégagés : le commerce, l’artisanat, la culture, les nouvelles technologies, l’environnement, le tourisme, de nouvelles formes d’habitat, l’université … Tandis que de nouveaux quartiers sont construits, s’inscrivant dans une nouvelle vision de l’habitat citadin, les anciens quartiers sont réaménagés pour une plus grande qualité de vie.
Esch a toujours eu faim d’avenir, et ses enfants ont toujours voulu apprendre à grandir. Le passé industriel fait partie de leur album de famille, ils s’en réclament sans complexe, tout en sachant que la page est tournée et qu’il leur faut affronter le monde d’aujourd’hui et ses nouveaux défis. Située au cœur de la Grande région, Esch a toutes les chances de perpétuer son rôle pionnier en tant que ville multiculturelle et bouillonnante. Sans jamais renier les valeurs qui ont fait sa force - travail, tolérance, justice sociale -, elle a su s’ouvrir, dans son cadre local, aux grandes questions globales qui tenaillent l’humanité : protection de l’environnement et développement durable. Des principes qui non seulement imprègnent les projets des nouveaux quartiers de Belval-Ouest et Nonnewisen, mais qui président également au plan de développement urbain au centre ville et à la revalorisation des zones vertes et des vestiges du passé industriel.
Aux commandes du navire eschois depuis 2000, la bourgmestre Lydia Mutsch est consciente des défis qui se posent pour sa ville, mais tout aussi convaincue que toutes les chances sont de son côté. Esch vit une période de transition historique, tous les moteurs sont enclenchés. Le pouvoir public doit faire preuve de volontarisme et d’inventivité dans tous les domaines où il a son mot à dire, et, d’autre part, il doit rester vigilant par rapport à la marche des événements en cours.

Lydia Mutsch, bourgmestre de la ville d’Esch-sur-Alzette









« L’université est la locomotive que nous attendons depuis des dizaines d’années. »



Lydia Mutsch, bourgmestre de la ville d’Esch-sur-Alzette




Ville d’Esch-sur-Alzette
La nouvelle place de l’Hôtel de ville a une apparence à la fois monumentale et ouverte. Peut-on l’interpréter comme une déclaration d’intention, et même de fierté, de la part d’une ville sans complexes qui veut aller de l’avant ?

La place de l’Hôtel de ville est bien évidemment une carte de visite très importante. Le réaménagement de cet espace s’intègre dans un projet global de revalorisation du centre ville, portant sur différents axes tels que l’entrée en ville, la nouvelle gare routière, la place de l’Hôtel de ville, le concept de mobilité et la place de la Résistance, actuellement en cours de rénovation. Par opposition avec l’aspect « végétal » qui caractérisera cette dernière, la nouvelle place de l’Hôtel de ville a été conçue dans un esprit « minéral », ce qui permet de l’utiliser pour une diversité de manifestations, marchés hebdomadaires, kermesses et autres événements festifs et culturels. Dans le futur, la zone piétonne sera prolongée pour relier le nouveau bâtiment de la Justice de paix, et l’ensemble fonctionnera comme un grand espace public, piétonnier et multifonctionnel.

Quel impact espérez-vous que l’Université aura sur la ville d’Esch ?
L’université est la locomotive que nous attendons depuis des dizaines d’années. En effet, pendant un long moment, le déclin de la sidérurgie a assombri les perspectives économiques de la région du Sud, et la grande majorité des activités économiques du pays s’est concentrée dans la capitale autour du secteur financier. L’université est notre nouvelle chance de développement et de progrès, elle peut devenir un véritable pilier économique pour toute la région, centrée sur des pôles comme la recherche, l’innovation, la biomédecine et les nouvelles technologies. Là où s’installe une université, il y a une nouvelle économie, de nouveaux emplois, un nouveau dynamisme socio-économique, une nouvelle mixité sociale.

Il faudra aussi planifier l’accueil de la nouvelle population estudiantine…
Nous avons toujours évité de planifier une nouvelle ville. Le projet de Belval est défini comme un nouveau quartier reliant la ville d’Esch-sur-Alzette et la commune de Sanem. Nous ne souhaitons pas créer une université de campus, qui aurait sa vie uniquement sur ce site. D’après notre plan d’action globale, l’université devra s’intégrer dans le tissu urbain existant. Nous avons également élaboré, en collaboration avec l’université et tous les acteurs locaux, régionaux et nationaux, un plan de logement visant à accueillir un maximum d’étudiants à Esch-sur-Alzette et dans la région. L’université et l’accueil des étudiants sont également un sujet mis en avant au sein du syndicat intercommunal pour la promotion de la région du Sud, Prosud. Il est en effet important que toute la région soit impliquée et concernée.

Ville d’Esch-sur-Alzette
Après le dynamisme des premiers temps, le quartier Belval-Université semble traverser une phase difficile avec un certain nombre de difficultés autour du projet Belval Plaza. Comment réagissez-vous face à cette situation ?
Nous nous préoccupons beaucoup de la problématique actuelle autour de Belval Plaza et des inquiétudes des commerçants déjà installés dans le premier bâtiment. Avec le recul, il aurait été préférable de décaler l’ouverture du premier complexe en attendant l’achèvement de Plaza 2. Nous nous sommes beaucoup renseignés à l’étranger, et il s’avère que des projets de cette envergure ont toujours été parsemés de problèmes de délais et d’incidents de parcours. De manière similaire, nous espérons que les événements actuels autour de Belval Plaza ne sont que des accrocs temporaires et que, d’une façon ou d’une autre, les différends entre Multiplan et SNS Property Finance pourront être réglés dans les meilleurs délais et que le chantier pourra se poursuivre comme prévu.
Il ne faut surtout pas que cette question fasse oublier tous les autres constituants très positifs et encourageants du projet Belval qui se portent à merveille. Parlons de l’université, dont la première rentrée académique se profile à l’horizon 2013. Parlons de la décentralisation des administrations de l’Etat, avec la venue confirmée de l’administration de l’Environnement et de l’administration de la Gestion de l’eau. Parlons du Rockhal, dont le succès est phénoménal. Parlons de RBC Dexia, qui va étendre ses activités sur le site et a déjà pris des options sur de nouveaux terrains. Parlons du Square Mile, la partie centrale du site de Belval, futur centre d’affaires dans lequel les sociétés sont impatientes de s’installer. Parlons du grand succès public du lotissement Belval Nord ou encore du futur Centre de culture industrielle qui sera implanté au cœur même des Hauts-Fourneaux. Tous ces éléments progressent avec calme et sérénité et nous donnent la certitude que le projet Belval dans son ensemble sera une réussite.

Quelles pistes suivez-vous avec les différents acteurs de la construction pour le développement de l’habitat ?
La ville d’Esch-sur-Alzette connaît actuellement un très grand dynamisme dans les domaines de la construction et de l’habitat. Beaucoup d’investisseurs s’intéressent, non seulement à Esch centre, mais aussi aux autres quartiers de la ville. Nous portons un grand soin à discuter avec ces acteurs afin que leur projet puisse s’intégrer dans notre concept global de développement urbain, qui prend en compte des facteurs tels que l’énergie et l’écologie, la mobilité, les espaces verts et les infrastructures socio-éducatives.
Nous investissons nous-mêmes des sommes importantes dans la création de nouveaux logements. Ainsi le projet des Nonnewisen, développé par la ville d’Esch en collaboration avec le Fonds du logement, se présente comme un modèle innovateur, comprenant une diversité de fonctions, des logements variés et de haute qualité, des infrastructures scolaires, des aires de jeux, des commerces de proximité, etc., ainsi qu’un réseau complet de mobilité douce.
En ce qui concerne la croissance de la population, il nous faut veiller à ce que le nombre total des habitants reste compatible avec les infrastructures actuelles et planifiées, ceci afin de préserver une qualité de vie élevée.

Certains quartiers, par exemple Hiehl, Raemerich ou Neudorf, possèdent un caractère très particulier et homogène. Je suppose que vous êtes spécialement vigilants par rapport aux nouvelles constructions dans ces zones …
Il faut toujours trouver le juste milieu entre les règles urbaines utiles et nécessaires et la liberté individuelle de créativité et d’inspiration architecturale. En plus de notre plan global de développement urbain, nous avons aussi mis sur pied des plans de développement de quartier et des règlements des bâtisses adaptés, dans le but de protéger le tissu architectural existant. Pour les nouvelles constructions comme pour les rénovations, nous encourageons les gens à s’inspirer du caractère spécifique qui est propre à leur quartier. Certains ne partagent pas immédiatement notre position, mais par la suite ils sont heureux de voir que leur maison s’inscrit dans une vision architecturale valorisante. En combinant ces efforts avec la revalorisation des petites places et des aires de jeux, il est possible de donner une apparence très typée au quartier qui plaît beaucoup aux habitants.

Ville d’Esch-sur-Alzette
Le quartier Brill présente un caractère bien tranché, avec une histoire, un patrimoine architectural, une population multiculturelle et bouillonnante. Il possède cependant des habitations qui, tout en ayant un cachet historique certain, ne semblent pas très adaptées à la vie moderne. Quelle est votre approche pour revaloriser ce quartier et renforcer la qualité de vie des habitants ?
Le quartier du Brill mérite en effet toute notre attention. C’est un des quartiers les plus anciens de la ville, un quartier caractérisé par un passé riche et mouvementé, ayant accueilli tant de générations d’hommes et de femmes de nationalités différentes, un quartier jeune et multiculturel, vivant et animé, qui présente un potentiel de développement et de qualité de vie incomparable. Pour le Brill, nous avons élaboré un plan de développement de quartier qui constitue un excellent instrument de discussion et de planification. Nous envisageons également de créer un fonds de rénovation, afin de mener à terme une revalorisation globale, portant sur les logements, les commerces et la gastronomie. Contrairement à d’autres modèles existants, notre but déclaré est de faire en sorte que cette initiative permette également aux habitants actuels de rester dans leurs logements et leur quartier. Il est en effet d’une importance vitale que la population soit ancrée dans la future structure du quartier et participe à son développement.

Esch peut se prévaloir d’un précieux héritage industriel et naturel. Comment le mettez-vous en valeur ?
Il est un fait que beaucoup de gens, même au Grand-Duché, ne connaissent pas vraiment la région du Sud en général et la ville d’Esch en particulier, même s’ils nous rendent visite de plus en plus souvent à l’occasion de grands événements culturels ou pour faire des achats. Certains sont parfois étonnés de découvrir tous les attraits que présente notre ville, sur le plan touristique, culturel, sportif ou gastronomique. D’abord, Esch est une ville très verte. Elle possède de nombreux parcs et jardins publics, notamment le parc Gaalgebierg qui est le poumon vert de la ville, un véritable paradis. Cet espace de détente bénéficiera d’un accès direct à partir du centre ville via la nouvelle passerelle d’acier qui surplombe le réseau ferré des CFL. Le patrimoine industriel se situe au niveau des anciennes installations minières et industrielles dans les zones Terres rouges, Belval, Cockerill et Ellergronn. Nous profitons de l’aide de nombreux bénévoles passionnés, comme la très dynamique Entente Cockerill. Chaque année, ce site remarquable reçoit des milliers de visiteurs, en particulier des centaines de classes d’élèves. Par ailleurs, dans quelques années, nous pourrons accueillir à Esch-Belval le Centre national de la culture industrielle qui, grâce à son concept innovateur, pourra divulguer auprès du grand public l’histoire du patrimoine industriel de notre région. La ville d’Esch entretient également une collaboration étroite avec la Fondation Bassin minier qui a pour vocation de valoriser le patrimoine industriel par une approche originale et authentique, en le mettant en relation entre autres avec les atouts culturels et gastronomiques.
Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres de notre détermination à promouvoir notre ville et notre région, melting pot de toutes les cultures et terre de l’innovation et du savoir.

www.esch.lu
Photos : P. lobo




Ville d’Esch-sur-Alzette

Une promenade architecturale passionnante


Esch-sur-Alzette possède un patrimoine architectural d’une incroyable richesse, avec une profusion de bâtiments de style néo-gothique, art déco, art nouveau et post moderne. L’Histoire a marqué les façades, et la ville a en grande partie été épargnée par des projets immobiliers inadaptés. Quand on visite Esch-sur-Alzette, il convient donc de lever le regard pour apprécier ces multiples ornementations sculptées qui personnalisent les façades, notamment dans l’artère la plus emblématique de la ville, la rue de l’Alzette. L’Office de tourisme de la ville met à disposition du visiteur une brochure présentant le parcours « Promenade architecturale », qui permet de comprendre comment, dès le début du 20e siècle, Esch-sur-Alzette est devenue un véritable creuset de l’architecture européenne.
A noter également : les visites guidées en compagnie du Dr Robert Philippart sous le thème « Quand les façades racontent l’épopée de la ville d’Esch-sur-Alzette »
www.robertphilippart.eu

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