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Article publié le 23 janvier 2009 - Wunnen n° 11 - janvier-février 2009

19.02.2009

Toutes les nuits du monde

Miguel Câncio Martins

Miguel Câncio Martins
Miguel Câncio Martins
Miguel Câncio Martins est l’un des architectes décorateurs les plus connus au monde. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les nuits des capitales branchées lui doivent une fière chandelle, avec des lieux prestigieux comme le Buddha Bar ou le Man Ray à Paris, le Pacha Crystal à Marrakech, le Cavalli à Montréal, ou encore, bien sûr, l’Opium et The Last Supper à Luxembourg. À l’occasion de l’ouverture en décembre du restaurant La Lambretta à Esch/Alzette - que Miguel Câncio a enveloppé dans un décor très cinématographique -, nous avons pu rencontrer ce créateur d’ambiances chargées de sensualité.

On dit souvent que vous êtes un scénographe de la nuit...
La nuit fait plus rêver que le jour. Pendant la journée, les gens travaillent, ils sont pressés, tenus par des horaires stricts, ils parlent business, etc. C’est la nuit qu’ils sont plus détendus et qu’ils ont l’envie et la possibilité de rester plus longtemps dans les restaurants et les endroits lounge. C’est pourquoi les décors de nuit doivent être particulièrement soignés et agréables. Cela dit, j’ai aussi réalisé des aménagements centrés sur le jour, par exemple le Restaurant Roland Garros à Paris ou celui-ci, La Lambretta.

Comment met-on en scène la nuit ? Comment la rendre désirable ?
Il faut que les gens aient l’impression d’être dans un endroit hors du commun et de vivre une expérience qui n’est pas banale, un peu comme s’ils allaient au théâtre ou à l’opéra. La mise en scène ne doit pas porter que sur la salle où se trouvent les clients, mais aussi sur les espaces de circulation et de travail des employés, et sur les connexions entre les différentes zones. S’ajoutent à cela le fond musical et sonore, extrêmement important, et les jeux d’éclairage. Pour qu’une ambiance soit captivante, il faut orchestrer les regards, souligner certains éléments et en laisser d’autres dans l’ombre. Sans prétendre à des messages philosophiques ou spirituels, il faut stimuler l’imaginaire des gens, distiller du mystère, de la poésie. Les inviter à un voyage à travers les âges ou les continents.

La Lambretta à Esch/Alzette
Photo : Etienne Delorme
La nuit a-t-elle beaucoup changé ces dernières années ?
Nous sommes toujours dans un désir d’espace, mais de façon moins spectaculaire et grandiose que dans les années 90. Les gens recherchent des ambiances teintées de plus d’intimité. Ainsi, je travaille actuellement à Glasgow sur un restaurant indien, dans lequel un étage entier sera constitué de petites salles privées très cosy, avec coin de cheminée. La Lambretta répond aussi à ce désir de convivialité dans un lieu chaleureux et protecteur.
Il y a toujours un cycle de réaction et contre-réaction. À un moment donné, on recherche un certain type d’espace qui répond à un ‘air du temps’, par exemple en temps de crise, on cherche la distraction. Dans les années 90, des lieux imposants comme le Buddha Bar ou le Man Ray ont permis aux gens, qui se retrouvent souvent seuls dans les grandes villes, non seulement de se divertir et de faire la fête, mas aussi de se rencontrer et se parler. Arrive ensuite un moment où l’on n’a plus autant envie d’être dans un espace où l’on voit tout le monde, avec beaucoup de bruit et de musique, et l’on se tourne vers des ambiances plus intimes, mais tout aussi raffinées et à l’atmosphère affirmée.

Quelle est la part des apparences et de l’authentique dans vos créations ?
Dans les espaces publics comme des restaurants ou des lieux branchés, le plus important est de réussir la façade. Comme au théâtre, il faut veiller d’abord à la qualité de ce qui se passe sur la scène, de ce qui est exposé au regard des gens. Spécialement dans les grandes villes, le public cherche constamment les nouveautés, il veut être surpris, séduit. Voilà pourquoi, dans ces établissements, on ne cherche pas spécialement à accumuler un vécu, on veut plutôt être prêts à changer de décor et à évoluer, parfois d’un moment à l’autre.

Êtes-vous sensible aux questions environnementales, énergétiques, de développement durable ?
De plus en plus. C’est une nouvelle direction que je veux donner à mon travail. Je considère qu’il est temps d’agir, j’ai une fille, je pense naturellement davantage au futur, et je souhaite contribuer à sensibiliser les esprits et les maîtres d’ouvrage. Car l’écologie est aussi une opportunité pour le développement économique, dans le respect des ressources disponibles. Je travaille actuellement sur le projet d’un hôtel à Comporta (petit village balnéaire au sud de Lisbonne) qui repose sur un concept entièrement écologique, avec le recours à l’énergie solaire, à des systèmes de récupération d’eau de pluie et à des matériaux durables.

www.mcmdesign.com
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