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Article publié le 23 janvier 2009 - Wunnen n° 11 - janvier-février 2009

05.03.2009

Le tailleur de siècles

Le métier de marbrier

Le métier de marbrier

La pierre est un matériau qui a façonné l’histoire de l’humanité. C’est en taillant la pierre que les hommes de la Préhistoire et les Anciens des civilisations égyptienne, grecque, romaine, amérindiennes, orientales, etc. nous ont légué des monuments, des édifices, des objets qui nous surprennent encore par leur intelligence et beauté.

Il est un fait que, depuis l’avènement au début du 20e siècle des matériaux industriels comme l’acier et le béton, l’utilisation de la pierre pour la construction a fortement diminué. Cependant, les marbriers et les tailleurs de pierre sont toujours sollicités pour des réalisations de grande précision et noblesse. Aujourd’hui, le métier n’est plus ce corps à corps difficile avec la matière. Le marbrier moderne peut compter sur toute une panoplie de machineries, outillages et technologies, qui facilitent sa tâche tout en lui donnant plus de dextérité et de sécurité. Ce qui n’a pas changé chez cet artisan spécialisé, c’est son amour pour la pierre et sa plasticité. La pierre, une ressource commune à tous les humains, symbole de solidité et de résistance au temps, est un matériau durable par excellence, qui a été utilisé par les hommes à travers tous les âges, aussi bien pour les édifices monumentaux que pour leurs habitations plus modestes.


La dureté des pierres


Le métier de marbrier
La dureté d’un matériau est généralement indiquée par un nombre qui se réfère au tableau de MOHS. Il s’agit d’une liste de minéraux dans laquelle chaque minéral peut rayer celui qui le précède dans la liste, mais ne peut pas rayer celui qui le suit. L’échelle va de 1 à 10, le degré 1 étant le plus friable et le 10 le plus dur. Le granit par exemple a une dureté de 6 à 7, le marbre et la pierre calcaire de 3.

Que fait le marbrier ?


Au Luxembourg, le métier de marbrier est souvent associé à la conception et à la pose de stèles et monuments funéraires. Cependant, sa palette d’aptitudes est beaucoup plus large. Le marbrier est spécialisé dans le travail du marbre et du granite, mais aussi de toutes pierres naturelles qu’il est chargé de débiter, façonner, polir et parfois de sculpter. Outre les ouvrages funéraires et commémoratifs, il intervient dans le domaine du bâtiment (revêtements de façade, entrées d’immeubles, escaliers, cheminées, cuisines et éviers, lavabos et baignoires, encadrements de portes et de fenêtres, mobilier, fontaines, piscines, aménagements extérieurs, etc.).
Le marbrier travaille aussi bien seul qu’en équipe, à l’extérieur et en atelier. Etant donné qu’il s’agit souvent de réalisations sur mesure, le marbrier doit pouvoir comprendre les attentes des clients et leur proposer des solutions adaptées.
En atelier, le marbrier taille, assemble et polit les éléments, à travers le façonnage des blocs de pierre naturelle. Il façonne les surfaces par taille, épannelage et ‘brossage’, une technique qui laisse la surface brute. Il sculpte les profils, pose des ornements, grave et peint des textes. Les divers types de pierre, le granit dur, le marbre, le calcaire ou le grès malléable demandent différentes techniques de façonnage. Sur le chantier, il assure la pose des ouvrages exécutés en atelier. Il effectue aussi des travaux de protection et de restauration de la pierre.

Aptitudes et connaissances


Le métier de marbrier est un travail varié qui nécessite rigueur, méthode et minutie. Respectueux des règles de sécurité, le marbrier doit également être maître d’un réel sens de l’observation et d’un goût artistique sûr. L’harmonisation des couleurs et des veinages est en effet indispensable pour donner caractère et originalité à l’ouvrage. Le tracé des pierres nécessite aussi une bonne perception des formes et des volumes dans l’espace.


La réforme de la formation professionnelle


La nouvelle loi portant sur la réforme de la formation professionnelle, votée le 18 novembre 2008, verra appliquer ses premières dispositions pour la rentrée 2010/2011. Jusque-là, le système traditionnel restera de rigueur pour toutes les classes de 10e. La réforme de la formation professionnelle initiale réorganise le régime professionnel et le régime du technicien. Elle porte sur un total de 112 formations, réparties sur 3 niveaux :
la formation menant au Certificat de capacité professionnelle (CCP), d’une durée normale de 3 ans. Elle se déroule surtout en milieu professionnel et s‘adresse à des élèves qui présentent des difficultés d‘apprentissage
la formation menant au Diplôme d‘aptitude professionnelle (DAP), qui remplace l‘actuel Certificat d‘aptitude technique et professionnelle(CATP). Elle a une durée normale de 3 ans et peut être offerte soit sous contrat de stage, soit sous contrat d‘apprentissage
la formation menant au Diplôme de technicien (DT), d‘une durée normale de 4 ans à caractère technique et orientée vers la pratique professionnelle. Cette formation sera principalement organisée sous contrat de stage. Des modules spéciaux sont prévus pour les élèves qui visent également le certificat donnant accès aux études techniques supérieures dans la spécialité correspondante.
Informations supplémentaires : Ministère de l’Education nationale ( www.men.lu ) et Chambre des Métiers ( www.cdm.lu )


Formation


Le système actuel (encore en vigueur jusqu’à la rentrée 2010/2011, voir encadré) prévoit une formation de 3 ans conduisant au CATP (certificat d’aptitude technique et professionnelle). La formation est réalisée en régime professionnel suivant la voie de formation mixte. La première année de formation est organisée en régime plein temps à l’école. La deuxième et la troisième année de formation en régime ‘concomitant’, donc sous contrat d’apprentissage dans une entreprise. La formation pratique en entreprise est accompagnée d’un enseignement théorique dans un Lycée technique.
L’élève qui n’a pas atteint le niveau d’une 9e de l’enseignement secondaire technique, mais qui fait néanmoins preuve de capacités manuelles adéquates, peut faire un CCM (certificat de capacité manuelle) moyennant un apprentissage adapté de 3 années sur base d’un contrat d’apprentissage en entreprise. ( www.bif.lu)


Le métier de marbrier



« Il faut aimer la pierre, avoir le sens de l’esthétique et ne pas avoir peur de se salir les mains ! »



Guillaume Schott, président de la Fédération des maîtres marbriers, sculpteurs et tailleurs de pierres de Luxembourg





Aucune pierre naturelle n’est pareille


Le métier de marbrier

La pierre naturelle est un matériau vivant, noble et élégant. A elle seule, la pierre résume la formation et la consistance même de notre planète. Cette caractéristique, qui lui donne des tons variés et des ‘veinages’ originaux, lui confère un charme unique et apporte aussi à ce matériau une robustesse et une durabilité extraordinaires. De par leurs origines, les pierres naturelles se déclinent dans différentes types et teintes en fonction de leurs familles. Elles ne peuvent en aucun cas s’associer au carrelage car elles ne possèdent pas son homogénéité. La pierre naturelle est unique et chaque famille a sa propre originalité.

WUNNEN : Comment se présente le secteur des entreprises de travailleurs de la pierre au Luxembourg ?
Guillaume Schott : « Le secteur compte environ 20 marbriers, essentiellement des petites entreprises employant 3 à 5 personnes. Une demi-douzaine d’entre elles ont un peu plus d’envergure, avec des effectifs entre 40 et 80 personnes. Les petites entreprises ne font que de la taille de pierre, elles fabriquent seulement des ouvrages, mais ne s’occupent pas de la pose. Presque tous ces professionnels sont regroupés dans la fédération. »

Est-ce un métier difficile qui s’adresse à des personnes fortes physiquement ?
« Autrefois, la profession exigeait une certaine force physique, mais aujourd’hui, grâce aux nouveaux équipements et machines (grues sur camions et dans l’atelier, monte-charges, assistance par ordinateur, etc.), les tâches sont nettement moins astreignantes. On ne touche presque plus la pierre jusqu’à ce qu’elle soit débitée pour l’enlèvement. Et donc le métier est ouvert à tous les gabarits. Il faut noter qu’au Luxembourg, contrairement à l’étranger, peu de femmes l’exercent et manifestent de l’intérêt pour la formation. Il semblerait que dans ce secteur les mentalités restent assez conservatrices. »

Le métier de marbrier
Quelles qualités faut-il avoir ?
« Il faut aimer la pierre, avoir le goût du travail bien fait, le sens de l’esthétique. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains. C’est un joli métier, un métier créatif, diversifié. »

Les clients demandent-ils davantage de réalisations en pierre naturelle ?
« La pierre est un matériau qu’on recherche toujours pour sa résistance et sa durabilité, on ne l’enlève pas, on ne la remplace pas, si elle est usée, on peut la repolir, la restaurer, elle redevient comme neuve. Depuis plus de 5.000 ans, l’Homme travaille la pierre, et tant et tant d’ouvrages ont traversé les siècles !
Cela dit, la pierre obéit aussi à des trends qui vont et viennent. Actuellement, au niveau des coloris, c’est soit le foncé soit le tout blanc qui ont la cote. Une tendance forte qu’on remarque aussi, c’est la demande de la pierre naturelle pour les espaces salle de bain, les revêtements des murs et sols, ainsi que dans les cuisines. Cela pour des raisons à la fois esthétiques, fonctionnelles et écologiques. »

Quelles sont les pierres les plus utilisées au Luxembourg ?
« Au Luxembourg, on travaille beaucoup avec de la pierre étrangère, en provenance des pays du Sud, Italie, Espagne, Portugal, mais aussi d’Amérique Latine, et même de Chine. Quelques pierres locales, comme la pierre d’Erzen ou la pierre de Gilsdorf, sont également appréciées.
Pour beaucoup de gens, le granit est le matériau le plus beau et le plus pratique. Le marbre est également demandé, même s’il est plus difficile d’entretien. »

Le métier attire-t-il les jeunes ?
« Malheureusement, le métier de marbrier n’est pas assez connu, et peu de jeunes s’y intéressent. Nous sommes cependant en train de préparer une nouvelle documentation pour promouvoir ce métier dans les écoles et lycées. »

Y a-t-il des opportunités d’embauche pour des jeunes qualifiés ?
Certainement, actuellement, nous avons besoin de former de nouveaux apprentis afin qu’ils puissent prendre la relève et perpétuer ce savoir-faire ancestral.
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