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Article publié le 4 novembre 2008 - Wunnen n° 10 - novembre-décembre 2008

23.11.2008

Culture et innovation

Dudelange, ville ouverte

Dudelange
Avec quelque 18.600 habitants, Dudelange est la quatrième ville du Grand-Duché. Son pourcentage élevé d’étrangers (37%, 80 nationalités représentés) reflète encore aujourd’hui son caractère multiculturel et sa tradition en tant que terre d’accueil.

La ville industrielle d’antan (on l’appelle encore ‘la forge du Sud’) s’est entre-temps transformée en une agglomération où il fait bon vivre, abondamment fleurie et ponctuée d’espaces verts. Les quartiers populaires, tels que le quartier italien ou le quartier de la Schmelz, restent des territoires singuliers où l’on cultive un bel art de vivre en voisinage. De leur côté, les édiles publics essayent de trouver le bon équilibre entre le dynamisme économique, l’expansion démographique, la création de logements et d’infrastructures, la reconversion des friches et structures industrielles et la préservation d’un environnement naturel exceptionnel. Toutes ces richesses et ce patrimoine ont été mis en lumière au cours du centenaire de la ville célébré en 2007. Mais il s’est agi aussi et surtout de tracer les sentiers futurs, en continuant à miser sur la culture, l’image, les médias et la diversité des origines.
Dans l’interview qu’il nous a accordée, le bourgmestre Alex Bodry commente les évolutions urbanistiques de la ville et notamment le potentiel de ses réserves foncières et de la reconversion des friches industrielles.
Alex Bodry, bourgmestre de Dudelange





« La culture : un des axes de développement les plus prometteurs. »




Alex Bodry, bourgmestre de Dudelange


Dudelange
Comment décririez-vous la ville de Dudelange ?
« C’est une ville dynamique, une ville qui a de l’initiative et qui va de l’avant. En effet, Dudelange a été la première ville industrielle du Sud qui a réussi à se métamorphoser, à surpasser les effets de la crise sidérurgique. En misant tout à la fois sur une offre culturelle enrichie et sur la diversification de son commerce et de ses entreprises, Dudelange a su poursuivre son élan et son esprit pionnier. Après des années 80 plutôt difficiles, au cours desquelles on a beaucoup investi dans les infrastructures et créé de nouvelles zones d’activités, nous sommes entrés dans une phase d’évolution très positive, accompagnée d’une forte augmentation de la population. De moins de 15.000 habitants, on est passé à un chiffre qui dépasse actuellement les 18.600. Nous avons cherché, et, je pense réussi, à associer le développement urbain avec le développement de l’espace naturel. Dudelange est restée une ville verte, malgré l’empreinte de l’industrie dans certains quartiers. Elle s’est dotée de suffisamment de zones de récréation, à l’intérieur du périmètre mais également à l’extérieur. Nous avons la chance d’avoir une des zones de protection de la nature classées les plus importantes de la région, la ‘Haardt’, un authentique petit joyau de quiétude. »

Quels bilan et visions pour l’avenir le centenaire a-t-il permis de tracer ?
« Le centenaire a été l’occasion à la fois de réfléchir sur le passé de la ville marqué par le rythme de l’acier et d’asseoir de nouveaux repères pour l’avenir. La culture nous semble être l’un des axes de développement les plus prometteurs. C’est pourquoi nous avons voulu nous doter d’une offre en infrastructures très étoffée pour une ville de notre dimension. La culture ou plutôt les cultures, car Dudelange est fière des quelque 80 nationalités qui sont représentées dans sa population. Ce chiffre souligne la diversité des origines, des cultures, des nationalités, un facteur qui a toujours été pour la ville un enrichissement et non un handicap.
Il faut essayer de tirer profit de cette diversité, promouvoir Dudelange en tant que ville de l’image, ville de la photographie, ville des médias. Il n’est pas anodin que le pylône de RTL qui trône sur sa colline reste l’un de nos symboles forts. »


Un complexe culturel à l’architecture étonnante
CNA (Centre national de l'audiovisuel) Dudelange
CNA (Centre national de l'audiovisuel) à Dudelange
Le nouveau bâtiment conçu par l’architecte Paul Bretz abrite à la fois le Centre culturel régional ‘op der schmelz’, l’École régionale de musique (tous deux des organismes communaux) et le Centre national de l’audiovisuel (CNA), une institution de l’Etat. Installé de 1989 à 2007 dans les locaux de l’ancien Pensionnat de la Doctrine Chrétienne à Dudelange, le CNA a trouvé dans ce bâtiment les conditions optimales pour assurer l’ensemble de ses missions. Il est devenu un espace d’exposition et de découverte, un lieu de projections cinématographiques, de consultations de documents, et également un centre spécialisé regroupant archives et studios (son, prise de vue et laboratoires). De son côté, le Centre culturel ‘op der schmelz’ et son auditorium extraordinaire proposent une programmation alléchante, centrée sur le jazz et d’intéressants projets nouveaux comme le ‘Touch of Noir’ ou le ‘Singer-Songwriter Festival’.
www.cna.lu
www.opderschmelz.lu
Comment se poursuit cette culture de l’image ?
« La Commune entretient beaucoup de synergies avec le Centre national de l’audiovisuel (CNA) qui a intégré le nouveau bâtiment inauguré en décembre 2007. Cette nouvelle infrastructure abrite aussi le Centre culturel  ‘op der schmelz’, un centre culturel à vocation régionale.
On doit citer également le projet de réaménagement de la Tour d’Eau en espace d’exposition permanente pour l’œuvre ‘The Bitter Years’ d’Edward Steichen. Il s’agit là d’une collection de photos qui retrace l’histoire de la récession dans l’Amérique rurale des années 1930 - des images qui prennent une nouvelle résonance dans la période difficile que nous traversons. Il semble que ce dossier soit débloqué au niveau des administrations de l’Etat. Sauf imprévu, les travaux pourront commencer au printemps 2009 et devront s’échelonner sur 2 ans et demi.
Un autre projet est actuellement en discussion. Il s’agit d’une initiative de l’association des producteurs de films luxembourgeois, qui ont proposé à la Commune et à différents ministères de créer des studios cinématographiques dans l’ancienne aciérie centrale - des halls bien connus du public puisqu’ils ont été utilisés pendant le centenaire et l’année culturelle pour de nombreuses manifestations et notamment la grande exposition ‘ReTour de Babel’. La Commune est disposée à investir 1,5 million d’euros, mais comme le coût total du projet est estimé à 7 millions, il reste à déterminer si l’Etat et des partenaires privés pourront combler le financement restant. En tout cas, nous tenons compte de ce projet dans la mise en place d’un plan directeur concernant la reconversion de la friche industrielle. »

Quelles sont les grandes lignes du plan de reconversion de cet espace industriel ?
« Un nouveau quartier est en planification sur ces terrains de 37 hectares, dont l’Etat a acquis partiellement la propriété. Le Fonds du Logement a été désigné comme développeur de la partie nord et centrale du site, tandis que le ministère de l’Economie devrait développer la partie sud qui s’étend vers la France. La Commune et le Fonds du Logement prévoient de lancer un concours d’idées international pour paysagistes pour toute cette zone. Après l’aplanissement de l’ancien crassier, cette friche s’étirera pratiquement jusqu’à l’Hôtel de Ville. Cette reconversion permettra de fournir une offre importante en matière de logement à proximité du cœur de la ville. Par ailleurs, le nouveau quartier reliera deux anciens quartiers – le quartier italien et le quartier de la Schmelz - qui jusqu’ici ont toujours été séparés par l’enclave de l’usine. »

Dudelange
Ce monument rend hommage à la fois au passé industriel et à la tradition de la ville en tant que terre d’accueil.
Au niveau du PAG, quel est le potentiel pour de nouveaux lotissements ?
« La ville de Dudelange est définie comme un centre de développement pour la région sud. Il faut donc nous donner les moyens nécessaires pour assumer ce rôle. Notre PAG actuel, qui date de 2002, offre un périmètre d’habitation assez généreux. Le problème réside dans la disponibilité des terrains. En résumé, les propriétaires n’aiment pas vendre et les lotisseurs peinent à réunir les fonds nécessaires pour faire avancer les projets. Il est cependant possible que les évolutions récentes du marché de l’immobilier fassent se débloquer les choses … Quoi qu’il en soit, afin de ne pas subir la stagnation des nouveaux lotissements, la Commune a décidé de procéder au reclassement de certaines zones différées qui réunissent actuellement les conditions pour répondre à des besoins d’habitation. Ceci permettra de soutenir la croissance de la population. Depuis 2 ou 3 années, la population n’augmente que grâce au solde naturel. Cependant, de janvier jusqu’à ce mois d’octobre, on enregistre plus de 200 nouveaux habitants. Cette tendance nous situerait dans l’échéancier du pacte logement qui prévoit que des villes comme Dudelange atteignent une croissance démographique supérieure à 1% par an (15% sur 10 ans). On se situerait dans cette fourchette déjà cette année-ci, alors qu’aucun nouveau lotissement n’a été engagé. Plusieurs projets substantiels sont en phase de réalisation, notamment dans le centre-ville. Par ailleurs, la Commune a lancé, en collaboration avec la Société nationale des habitations à bon marché, deux projets de logement social dans le quartier de Budersberg. Un autre grand projet privé, le ‘Lenkeschlei’, est prévu à l’entrée de Dudelange, du côté du Kräizbierg, portant sur 250 logements. Enfin, en collaboration avec un promoteur privé, nous planifions une nouvelle réalisation dans le centre-ville, au niveau du grand parking près de la Poste. Le parking public deviendra souterrain et, en surface, il est prévu de construire de nouvelles surfaces commerciales et des logements, ceci dans le but de redynamiser le centre-ville. En général, nous veillons à ce que les nouveaux quartiers reflètent l’esprit de notre temps, tout comme les quartiers existants étaient empreints de leur époque. Les nouveaux quartiers s’inscrivent donc dans une vision urbanistique contemporaine, associant une mixité de fonctions, habitat, travail, loisirs, etc. »

Dudelange
Comment faites-vous face aux enjeux de la mobilité ?
« Notre positionnement géographique n’est pas des plus commodes, en effet. Cependant, en ce qui concerne la mobilité locale, nous disposons depuis de nombreuses années d’un réseau City-Bus qui permet de circuler facilement à Dudelange, avec des connexions vers le réseau régional des TICE. D’autre part, Dudelange a la particularité de disposer de 4 gares sur son territoire, deux anciennes gares et deux nouveaux arrêts. On peut ainsi facilement se déplacer en train à l’intérieur de Dudelange, dans un axe transversal.
Pour ce qui est de l’afflux de trafic en provenance de la France, nous travaillons, ensemble avec les Ponts & Chaussées, sur la question des passages à niveau, afin d’augmenter la fluidité des véhicules et délester les quartiers d’habitation. À très long terme, le recours au tram nous paraît judicieux.»

Cherchez-vous également à encourager de nouvelles zones d’activités économiques ?
« Nous voulons éviter de devenir une ‘ville-dortoir’. Il est donc essentiel que nous gardions un certain nombre d’emplois sur le territoire de la commune et dans les environs immédiats. Ainsi, outre la transformation des friches industrielles, nous nous investissons beaucoup, en coopération avec la Commune de Bettembourg, dans la revalorisation des anciens terrains militaires de la WSA. Les deux communes ont entamé des procédures de reclassement afin de développer sur ce site un centre d’activités logistiques permettant la création à terme d’un millier d’emplois. Une perspective très importante pour toute la région.
Par ailleurs, nous soutenons fortement le dynamisme du centre commercial de Dudelange. Outre sa valeur économique, c’est aussi un lieu de rencontre et de convivialité pour toute la population. »

Dudelange
Quelle importance accordez-vous à la préservation du patrimoine architectural ?
« Nous avons introduit dans notre dernier PAG la notion de ‘quartier à préserver’. Cette disposition entraîne une protection renforcée pour un certain nombre de rues. En principe, le bourgmestre peut lier l’autorisation de construire au respect d’un environnement bâti ou d’un cachet architectural. Nous essayons d’utiliser cette mesure à bon escient, car il faut trouver le bon équilibre entre, d’une part, la conservation d’un patrimoine et, d’autre part, les rénovations qui vont dans le bon sens. Ainsi, dans les quartiers ouvriers et au centre-ville, si on veut tout protéger et figer, comment pourra-t-on créer des logements et des structures adaptés aux besoins actuels des individus et des familles ? Afin d’éviter que ces quartiers ne tombent dans le déclin, afin qu’ils répondent aux normes de confort modernes, il faut être prêts à faire des compromis avec ceux qui veulent investir dans certaines rénovations. Ces quartiers vivants et en perpétuel mouvement ne doivent pas être pétrifiés dans un moule de musée-vitrine. Cette question très délicate suppose beaucoup de réflexion et une approche au cas par cas. »

www.dudelange.lu


Dudelange - quartier italien

Le quartier Italien de Dudelange
Un ‘musée à ciel ouvert’ ?


Dudelange doit sa prospérité aux gisements de minerai de fer dans ses environs immédiats découverts vers 1880. Ce qui jusque-là n’était qu’un petit village paisible avec quelques hameaux autour se transforma très vite en un important centre minier et sidérurgique. Le nombre des habitants augmenta de façon substantielle. L’usine et les mines avaient besoin d’une main-d’œuvre importante et celle-ci ne pouvait venir que de territoires lointains, d’Allemagne, de Belgique et d’Italie. Les nombreux arrivants s’installaient dans des logements populaires rapidement érigés autour de l’usine. Tout naturellement, les personnes d’une même origine et d’une même langue se regroupèrent dans des ensembles tel le quartier italien, perché sur une colline entre l’usine et l’exploitation minière. Sur ce petit territoire tourné vers le soleil, les ouvriers italiens et leurs familles recréèrent des ambiances, des coutumes et même des modèles d’habitation directement influencés par la culture méditerranéenne. À partir du début des années 1970, le quartier a peu à peu été investi par les nouveaux immigrants portugais. Installé dans le bâtiment de la gare de  ‘Dudelange-Usines’, en plein centre du quartier italien, le Centre de Documentation sur les Migrations Humaines retrace l’histoire des migrations qui ont bouleversé le Grand-Duché et les régions limitrophes au cours du siècle dernier.
www.cdmh.lu

Dudelange - quartier italien
Dudelange
Dudelange - quartier italien
Dudelange - quartier italien
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