Inscription à la newsletter :

Article publié le 5 novembre 2009 - Wunnen n° 16 - novembre-décembre 2009

25.11.2009

« Ne plus laisser le hasard faire les choses »

Claude Wiseler

Claude Wiseler, ministre du Développement durable et des infrastructures

Créé lors de la formation du nouveau gouvernement, le ministère du Développement durable et des infrastructures regroupe quatre anciens portefeuilles sous un même chapeau : l’aménagement du territoire, l’environnement, les transports et les travaux publics.
Désigné pour diriger ce nouveau ministère version XXL, Claude Wiseler estime que la simplification des procédures, alliée à un sens de la responsabilité politique, permettra de faire avancer les dossiers avec davantage d’efficacité et dans une perspective de long terme.


Wunnen : Pourquoi avoir regroupé sous le thème-phare « développement durable » des compétences qui auparavant relevaient de ministères distincts ?

Claude Wiseler : Ce regroupement permet, en premier lieu, de faire un travail complet en matière d’aménagement du territoire, allant de la planification à la réalisation par les travaux publics et les transports, et comprenant également le volet de l’exploitation par les Ponts et chaussées et la Société des chemins de fer CFL. Le suivi général s’en trouve facilité, et il nous est également possible d’accélérer les procédures au niveau des constructions et des autorisations.
Par ailleurs, de nombreux dossiers peuvent être traités de façon plus conséquente. Par exemple, au nouveau ministère incombent toutes les responsabilités en matière de mobilité, qu’il s’agisse de la planification et de l’organisation des réseaux ou de la construction de routes et de chemins de fer. Tous les secteurs de la mobilité sont importants, tous doivent fonctionner en harmonie. Les gares intermodales, les lignes de bus, les « park and ride », le tram, les horaires bien réglés et leur lisibilité, etc., tous ces éléments n’ont de sens que s’ils sont conçus les uns par rapport aux autres. Fort de ses compétences élargies, le nouveau ministère peut mener une politique de mobilité plus homogène et faire en sorte que, progressivement, toutes les personnes, où qu’elles habitent et où qu’elles travaillent, puissent accéder à une chaîne de mobilité rapide et efficace.
Placer les responsabilités sous un seul chapeau permet de réorganiser les procédures de façon plus effective. Nous ne voulons plus qu’un département - que ce soit celui des transports ou celui des travaux publics – effectue des travaux préparatoires sur un projet pendant un an et ne le présente au département de l’environnement qu’en phase finale, au risque de soulever de graves objections. Il faut apprendre à travailler et à communiquer plus ouvertement. Dans tout type de planification, les responsables de l’environnement doivent être consultés dès les premières heures et donner leur avis, de façon à ce qu’ensemble, on puisse élaborer un projet cohérent, sans perte de temps ni procédures rallongées.

N’est-il pas risqué de cumuler les compétences de planification et d’autorisation ?
Peu importe les mains dans lesquelles se trouve le portefeuille de l’environnement, les lois en vigueur sont à respecter par tout responsable gouvernemental ou ministère. Il est évident que, dans certaines situations, il y aura des opinions divergentes, demain comme dans le passé. Auparavant, il s’avérait parfois impossible de dégager un accord entre les positions d’un ministre des Transports ou des Travaux publics et d’un ministre de l’Environnement. Les intérêts semblaient si opposés que le dossier finissait par bloquer. Nous aurons toujours des points de friction dans certains dossiers, mais la différence, c’est qu’ils surviendront sous une même tutelle, et qu’une décision devra impérativement être prise. Le dossier ne bloquera plus, mais il sera tranché dans une direction ou dans l’autre. J’appelle cela de la responsabilité politique. Nous souhaitons ne plus perdre de temps ni de travail avec des questions superflues. La simplification des procédures est l’une des priorités de l’action gouvernementale. Cela ne se limite pas à des réformes législatives, il faut aussi mieux s’organiser pour travailler mieux. Ça ne veut pas dire que les décisions seront moins fermes.

Comment les principes du développement durable influeront-ils sur les infrastructures actuelles et à venir ?
Le développement durable est une notion qui s’inscrit dans les missions de tous les départements. La cellule qui travaillait sur ce concept au ministère de l’Environnement depuis plusieurs années a reçu une assignation plus générale au sein du nouveau ministère. Elle doit travailler de façon plus étroite avec les départements des travaux publics, de l’aménagement du territoire et des transports.
L’aménagement du territoire doit se faire de façon réfléchie. L’implantation des zones d’activités, de logement et de travail ne devra plus se faire sur un mode aléatoire, comme cela a été le cas les cent dernières années. C’est à nous de décider de la répartition des activités et des infrastructures, en pensant clairement mobilité et protection de l’environnement.
Les considérations énergétiques et la réduction des émissions de CO2 sont d’autres idées clés communes à tous les départements. En ce qui concerne les bâtiments publics, l’objectif est de construire selon des modèles de basse consommation d’énergie.
Le plan de développement durable qui est en train d’être élaboré comportera un grand nombre d’autres volets dépassant largement notre compétence. En effet, la conscience du développement durable est une notion transversale, commune à l’ensemble des ministères, au nôtre et à ceux de l’économie, de la recherche ou du logement par exemple.

La question du développement durable ne risque-t-elle pas d’être reléguée au second plan face à la lutte contre la crise financière et économique ?
Les citoyens et l’économie espèrent que nous réagissions tout de suite et avec détermination, mais cela ne veut pas dire qu’il faut bafouer le principe du développement durable. Prenez l’exemple du paquet de conjoncture destiné à venir en aide aux entreprises. Il a été décidé d’avancer, sur l’échéancier budgétaire, l’assainissement énergétique d’une partie des 1.500 propriétés de l’Etat. D’un côté, cette mesure met sur le marché un certain nombre de chantiers dont peuvent bénéficier beaucoup de PME luxembourgeoises, actives notamment dans le secteur du bâtiment. D’un autre côté, ces réalisations, programmées de toute façon pour les années à venir, nous permettront de réduire la facture énergétique.
C’est sous cet angle que l’on doit voir le développement durable. Celui-ci ne s’oppose pas à une idée de rentabilité, mais son bénéfice est plus précieux et réel, car il prend en compte les besoins de la société humaine sur le long terme et le respect des ressources naturelles. Toutes les campagnes d’information ainsi que tout le système des primes étatiques à caractère écologique ont pour but de sensibiliser les citoyens à cette vision future.

Dans le cadre de l’aménagement du territoire, comment concilier la sauvegarde des paysages et habitats naturels et le développement de l’habitat et du logement ?
Cet équilibre ne peut être assuré que si nous pouvons planifier et décider les choses de façon coordonnée et cohérente. Les quatre plans sectoriels en cours d’élaboration – logement, transports, zones d’activités et zones à protéger – sont conçus les uns par rapport aux autres. La volonté est de mener une politique de planification rigoureuse. Mais il faudra faire en sorte de la respecter par la suite. Il ne faudra pas construire là où l’on a dit qu’on ne le ferait pas.
Pour cela, il faudra que nous nous donnions les moyens juridiques nécessaires.
Dans cette optique, dès que les plans sectoriels seront prêts, ils seront intégrés rapidement dans la procédure.
Magazine Wunnen
www.wunnen-mag.lu | info@wunnen-mag.lu