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Article publié le 7 décembre 2007 - Wunnen n° 4 - décembre-janvier 2007

07.12.2007

Le temple du Septième Art

Cinémathèque de la Ville de Luxembourg

Cinémathèque de la Ville de Luxembourg
Chaque soir, la lumière s’éteint et l’écran s’allume. Des histoires sont projetées dans des gammes de gris, en technicolor et en cinémascope.
Bienvenue dans la Cinémathèque de Luxembourg, pays de velours où les rêves sont magnifiques et partagés.


La Cinémathèque de Luxembourg, créée en 1976, a deux missions principales, d’un côté la conservation de copies de films de haute valeur, et d’un autre côté, la projection et la divulgation de films classiques rares ou inédits. Les archives, plus de 13.000 films, sont entreposées dans une structure moderne à la Cloche d’Or. Quant aux projections, elles se déroulent dans l’atmosphère magique du 17, place du Théâtre. Comment ce bâtiment est-il devenu le temple du Septième Art, un véritable lieu de culte pour cinéphiles avertis et amateurs ?

Les curés font leur cinéma


Peu après les revirements sociaux en Europe, en 1848, le futur évêque de Luxembourg, Nicolas Adames, fait appel aux Rédemptoristes pour ‘réévangéliser’ les Luxembourgeois. Dans une société de migrants, qui voit l’organisation de la vie par l’industrie prendre les devants, il faut offrir une formation solide aux mœurs. Les Pères Rédemptoristes développent alors fortement le culte de la ‘Sainte Famille’. Au bout de quatre ans de travail missionnaire, leur association de la Sainte Famille compte quelque 5.000 membres.
Visant particulièrement un rôle d’encadrement de la jeunesse, les religieux organisent des formations, des lectures au sein d’une bibliothèque constituée à cette fin et des loisirs multiples. Ouverts aux nouveaux médias et à tout ce qui a trait à la communication, les Pères font construire sur leur territoire des locaux pour différents types de réunions, fêtes et loisirs. Dans cette optique, en 1929, ils décident de transformer en salle de cinéma une partie de l’ancien couvent situé place du Théâtre.
Ce couvent date de 1858. Conçu par l’architecte Antoine Hartmann, il est de style romano-byzantin. L’immeuble de la cinémathèque est rajouté sur une partie du jardin jusque-là clos par un mur élevé décoré de panneaux.
Initialement et pendant de nombreuses années, le local transformé en salle de cinéma sera donc connu comme le ‘Patrekino’, le cinéma des Pères.

Cinémathèque de la Ville de Luxembourg

Une architecture qui valorise le spectateur


L’immeuble est de style moderne, un hybride articulant des éléments historisants et Art Déco. À noter les beaux vitraux en verre à plomb des étages reprenant des motifs floraux. Le crépi des façades, la mise en valeur de certains décors isolés par la pierre de taille, et surtout la mise en évidence des structures en béton armé confirment le désir d’affirmer l’ouverture au monde moderne des bâtisseurs. À Luxembourg, et parallèlement à Bruxelles, le cinéma de salle se développe à partir d’une configuration de salle des fêtes. Le modèle d’agencement des salles, couloirs et escaliers reste apparenté à l’architecture des théâtres bourgeois qui ont vu massivement le jour à la fin du 19e siècle. Escalier à trois volées, niche à statue sous dais en forme de coquille et foyer, tout vise à faire de ce lieu un endroit qui valorise le visiteur, qui lui accorde à la fois le rang de spectateur et d’acteur. Les balustrades et l’escalier sont en béton armé, assurant la plus haute sécurité à l’immeuble, tout en soulignant son côté moderne.

Du ‘Patrekino’ à la Cinémathèque


Cinémathèque de la Ville de Luxembourg
La salle place du Théâtre est d’abord investie en 1929 par la Maison des Jeunes de l’Association de la Sainte Famille qui commence à y organiser, de façon plus ou moins régulière, des séances cinématographiques. On parle d’abord du ‘Kino Jugendheim’ (cinéma du foyer de jeunes), puis du ‘cinéma catholique’ et finalement à partir de 1931 du ‘Ciné Asfa’ (abréviation de ‘Association de la Sainte Famille’). Le but avoué de la salle, communément appelée ‘Patrekino’ (le cinéma des Pères), est de montrer des «films bons et irréprochables» .
La programmation, proposant essentiellement des films à caractère religieux, attire un public limité. En 1933, les exploitants de l’Asfa investissent, avec deux à trois ans de retard sur les autres salles de la capitale, dans un équipement de cinéma sonore. Avec l’appui du Luxemburger Wort, la fréquentation de l’Asfa est présentée comme une quasi-obligation morale pour tout catholique luxembourgeois. La programmation reste cependant d’un niveau très moyen, entre films religieux, westerns de série B, comédies slapstick, films d’aventures, documentaires et films d’actualités.
Après l’invasion du Grand-Duché par l’armée allemande le 10 mai 1940, le Ciné Asfa ferme ses portes. En septembre 1940, la salle est réquisitionnée par l’occupant qui la transforme en ‘Soldatenkino’. Jusqu’à la Libération en septembre 1944, la salle est réservée aux membres de la Wehrmacht, de la Waffen-SS, du Reichsarbeitsdienst, du OT, du EBA, du NSKK, du Zollgrenzschutz. En octobre 1948, le ‘Patrekino’ est repris par la société coopérative ‘Centrale catholique du film et du livre’ et prend le nom de ‘Ciné-Vox’.
Pendant plusieurs années, la programmation du Ciné-Vox privilégie des œuvres populaires de faible qualité, des westerns, des films policiers, des comédies, des films d’aventures de série B. En 1954, les responsables demandent à Lucien Maas (cinéphile averti et collaborateur des pages de cinéma du LW sous le pseudonyme de ‘Sam’) de prendre en main de façon bénévole la gestion du cinéma. Lucien Maas réussit à composer une programmation de qualité, basée notamment sur des reprises de films récents et de classiques des années 30 et 40. En janvier 1956, le Vox prend officiellement la dénomination de ‘Cinéma d’Essai’, et cible, à partir de ce moment-là, un public de cinéphiles. Les films, proposés en version originale, sont d’une réelle valeur cinématographique, brassant tous les genres. Par sa programmation jusqu’en 1963, le Vox, tout en fonctionnant comme une exploitation commerciale, se rapproche de l’esprit d’une cinémathèque.
Cependant, au début des années 1960, le Vox, tout comme les autres salles du pays, voit la fréquentation du public diminuer fortement. La salle n’apparaissant plus comme économiquement viable, les responsables décident d’arrêter l’exploitation en 1963.
Entre 1954 et 1983, la salle Vox abrite successivement trois ciné-clubs différents : dans les années 50, le ciné-club catholique FORUM, dans les années 60, le ciné-club ‘Ons Equipe’ de la ‘Jeunesse étudiante catholique’, et à partir de 1975, le Ciné-club 80, constitué autour de Fernand Courtois, Nico Simon et Joy Hoffmann.
En 1976, la Ville de Luxembourg décide de louer la salle Vox pour y installer la Cinémathèque nouvellement créée. A cet effet, les installations techniques et la salle de projection font l’objet d’une rénovation. La Cinémathèque municipale cohabite avec le CC80 jusqu’en 1983, quand les responsables du ciné-club ouvrent leur propre salle de cinéma au Limpertsberg, le Ciné-Utopia. Demeurant seul maître à bord, la Cinémathèque développe à partir de ce moment-là un programme de projections encore plus ambitieux, qui aujourd’hui fait la joie des cinéphiles nationaux et internationaux.

Cinémathèque de la Ville de Luxembourg

35 millions de mètres de film


Plus de 13.000 films de tous genres font de la Cinémathèque de la ville de Luxembourg l’une des plus importantes archives cinématographiques en Europe. Les fonds comprennent de nombreux incunables (films rares dont il n’existe plus qu’une ou deux copies), ainsi que la quasi-totalité des filmographies de cinéastes comme Fritz Lang, Howard Hawks, Alfred Hitchcock, Raoul Walsh, Jean Renoir, Orson Welles, Douglas Sirk, Samuel Fuller, Max Ophuls, etc. La Cinémathèque s’est également spécialisée dans la collection de films relatifs à certains genres et périodes cinématographiques : le ‘film noir’, les films de certains réalisateurs de série B, les films de cinéastes européens exilés à Hollywood, les films français des années 30 et notamment ceux tournés pendant l’occupation, les films independants américains et bien sûr les documents se rapportant à la ville de Luxembourg.
La Cinémathèque présente ses films lors de 16 séances hebdomadaires.

Cinéma: (séances quotidiennes)
17, place du Théâtre
L-2613 Luxembourg
Envoi du programme mensuel gratuit: T. 4796-2644
Info programme: T. 29 12 59

Nos remerciements vont à
Robert L. Philippart, historien, et à Claude Bertemes, directeur de la Cinémathèque municipale
Sources additionnelles : Ons Stad nr 69-2002, article de Paul Lesch ‘Le ‘Patrekino’ (1928 – 1963), pages 24 - 28
Magazine Wunnen
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