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Article publié le 23 janvier 2009 - Wunnen n° 11 - janvier-février 2009

06.02.2009

La renaissance d’un château endormi

Le Château d’Urspelt

Le Château d’Urspelt

« On n’a pas restauré ce château pour qu’il dure 50 ans, mais pour qu’il garde sa beauté pendant des siècles ! »
Au commencement, il y avait un château à l’abandon qu’une broussaille touffue empêchait aux villageois même d’entrevoir. Puis il y eut un coup de cœur magique.


Le Château d’Urspelt
Entrepreneur de construction et amateur d’art, Freddy Lodomez tomba sous le charme de la demeure en ruines et décida de la ramener à la vie. Comme dans le fameux conte, un baiser fut donné - trois années d’intenses travaux - et la bâtisse s’éveilla.
Aujourd’hui, le Château d’Urspelt resplendit dans un écrin de verdure magnifique, au cœur de la vallée de l’Our. Classé monument national depuis sa restauration, il offre un cadre extraordinaire pour de multiples événements, alliant le goût de la tradition à la technologie de pointe.
Le château se compose de deux ensembles architecturaux. Le château proprement dit constitue la partie résidentielle. Sur trois niveaux, il abrite 29 chambres 4 étoiles, une suite luxueuse, deux salles de séminaire ainsi que des espaces wellness. Il est relié par le portique monumental à l’ancienne ferme qui abrite aujourd’hui la partie réception du château, avec salle de banquet, cuisine traiteur professionnelle ultramoderne et salle de réception sous les combles.

Le Château d’Urspelt

300 ans d’histoire


L’histoire du château remonte à plus de 300 ans, mais pendant longtemps il n’a été qu’une petite bâtisse de campagne sans réel éclat. Il prend sa véritable dimension dans les années 1860, quand Amand Bouvier en fait l’acquisition et entreprend l’agrandissement et la restauration. Le nouveau châtelain s’enthousiasme particulièrement pour la replantation du grand jardin, le transformant en l’un des plus beaux jardins d’agrément de la région, notamment par sa merveilleuse allée et par ses ormes, devenus rares à Urspelt.
Jusqu’à sa mort, le 29 juillet 1900, Amand Bouvier fait rayonner son domaine d’un lustre toujours renouvelé, grâce à un sens de l’honneur et un esprit d’entreprise hors du commun. Il laisse à son neveu Alfred Bouvier et à ses descendants un héritage magnifique en parfait état.
Cependant, dans la première moitié du 20e siècle, la propriété est quelque peu délaissée par ses propriétaires. Elle n’est pas épargnée par la Deuxième Guerre mondiale. Réquisitionné par les Allemands, le Château d’Urspelt devient leur quartier général pour le nord du Luxembourg. En pleine bataille des Ardennes, les Allemands abandonnent les lieux. Les soldats américains s’y installent pendant la période de froid et de combats. Pour se chauffer, ils arrachent et brûlent une partie des boiseries.
Après la guerre, le désintérêt des propriétaires est encore plus flagrant. Le château n’est utilisé que comme refuge de chasse. Petit à petit, la demeure s’évanouit derrière un fouillis d’arbres et de végétation. On ne la devine même plus quand on passe dans la rue. Elle tombe dans l’oubli, même pour les habitants du hameau. Jusqu’au jour où …

Le Château d’Urspelt

« Fais-le donc toi-même, ton château ! »


Il y a quelques années, Freddy Lodomez cherchait un local à Clervaux pour organiser une réception d’entreprise. Il voulait un cadre unique et médiéval, mais il ne trouvait pas l’objet de ses désirs. Le bourgmestre de Clervaux, François Stephany, lui souffle alors : « Mais fais-le toi-même, ton château ! » Comment ça ? François Stéphany lui conseille d’aller jeter un coup d’œil à Urspelt, d’écarter la broussaille et de visiter le mystérieux Château d’Urspelt. Freddy Lodomez s’exécute. Il découvre le château, constate son état de délabrement avancé, mais se dit : « Voici ce que je cherche ! Il ne me reste plus qu’une chose à faire ! Restaurer le château et lui redonner vie ! » A partir de ce moment, la destinée du Château d’Urspelt a trouvé son nouveau maître.

Le Château d’Urspelt

Une restauration dans les règles de l’Art


Freddy Lodomez achète la propriété en août 2005 et lance tout de suite les équipes de son entreprise sur le projet de rénovation. Il faut dire qu’au travers de 25 ans d’expérience, cette entreprise a déjà acquis un savoir-faire et une notoriété certains, principalement dans la réalisation d’immeubles à appartements multiples, mais aussi dans la rénovation de demeures et monuments anciens. Le projet du Château d’Urspelt apparaît cependant comme le plus grand défi de son histoire.
« D’un point de vue purement commercial, il aurait été plus intéressant financièrement de tout raser et de construire du résidentiel neuf, mais cette option était inimaginable pour moi. C’était le cœur qui me commandait », reconnaît Freddy Lodomez.
Grâce à l’enthousiasme et au savoir-faire des équipes, la restauration va pouvoir se faire sur 32 mois, alors que les premières études évaluaient sa durée à 7 ans.
Au moment de l’acquisition, le château en ruines n’est pas sous la protection des Sites et Monuments. Cependant, il est mis en voie de classement pendant les travaux de restauration. Sans y être contraint, Freddy Lodomez se tient aux critères les plus stricts en matière de revalorisation d’un patrimoine. Une fois la restauration effectuée, le Service des Sites et Monuments classifie le château comme faisant partie du patrimoine culturel du Luxembourg.
« Ce classement me tenait à cœur, confie Freddy Lodomez, ce n’est pas seulement une grande reconnaissance de la qualité de notre intervention. C’est aussi le gage de la protection et sauvegarde de notre travail pour les générations à venir ».

Le Château d’Urspelt

« L’essentiel se cache dans l’invisible ! »


Les principes directeurs de la restauration allient économie et écologie, modernité et tradition.
Freddy Lodomez vise le très long terme : « Il faut que tout soit encore là pour nos arrière-arrière-petits-enfants ! » Il se soucie davantage de la qualité profonde et authentique des interventions que des habillages d’apparence et de façade, car « l’essentiel se cache dans l’invisible ».
Dans un premier temps, il faut raffermir la bâtisse, fort délabrée. Toutes les fondations sont dégagées et reconsolidées avec une reprise en sous-œuvre. Les murs intérieurs et extérieurs sont totalement mis à nu pour pouvoir accrocher les nouveaux cimentages ainsi que les couches de finition et la décoration.
Les équipes gardent au niveau du bâtiment tout ce qui était ancien pour gagner en authenticité et souligner par contraste la modernité des nouveaux équipements. Les boiseries d’origine du château – presque toujours en chêne, un bois des plus durables - sont démontées, remises en ordre et replacées. Le même soin est apporté aux meubles muraux. Tous les escaliers en bois intérieurs sont également démontés, remis en état, avant d’être remontés et traités pour correspondre aux normes incendie. Une bonne partie des charpentes peuvent être remises à neuf et récupérées.
Deux anciens puits sont redécouverts et rouverts - le puits de l’ancienne cuisine attenant à la réception, profond de 8 mètres, et un deuxième dans la cave. Il est admis que le premier remonte à l’ancien château féodal érigé sur ce même site, soit vers 1050-1100.
Les sept anciens feux ouverts, trop abîmés, sont remplacés par des pièces du 18e siècle. Pour ce qui est de la toiture, toute la couverture en ardoises naturelles est remplacée suivant la technique du 18e. Le mât de la girouette principale a été fabriqué en 1870 à Diekirch. Il est retravaillé à l’ancienne à l’identique. Seul le blason change, évidemment. Les autres mâts et girouettes sont fabriqués artisanalement suivant les mêmes techniques. Un gros travail est effectué également à divers endroits au niveau des ferronneries, y compris pour les grilles reconstruites selon les mêmes procédés qu’autrefois.
Le Château d’Urspelt
Le chauffage au sol est retenu comme la solution la plus économique et la plus esthétique pour le château. L’installation est d’envergure - près de 7 km de tuyaux circulent sous les salles Victoria et Diane.
Tout un travail d’orfèvre est effectué afin d’obtenir les éclairages les plus adaptés dans les intérieurs. En effet, « dans un château, la lumière est cruciale, c’est elle qui fixe le ton et donne l’ambiance harmonieuse de l’ensemble », explique Freddy Lodomez. C’est pourquoi les artisans font 13 copies d’un vitrail ancien authentique, à partir de matériaux anciens cherchés patiemment à travers tout le pays. Par souci écologique et pour économiser l’énergie, ces vitraux sont sertis dans un double vitrage, ce qui, de surcroît, rehausse encore l’esthétique. Les encadrements de fenêtres sont en pierre de taille de l’époque. Chaque encadrement est démonté, réparé et remonté, chacun à son emplacement d’origine.
Une deuxième tour est rajoutée comme élément nouveau à l’extrémité du château, afin d’y intégrer un ascenseur, élément indispensable pour l’accessibilité du bâtiment. Loin de déranger le regard, cette deuxième tour ponctue subtilement le château dans la cour intérieure.
En août 2008, la restauration est achevée, le château ressurgit dans toute sa splendeur, fier de son passé et paré pour une nouvelle vie. Il est aujourd’hui un lieu enchanteur idéal pour tous types d’événements, mariages, séminaires, etc., et il offre aussi à tous les amoureux de la nature et des belles choses des séjours exceptionnels consacrés au ressourcement et au wellness.

www.chateau-urspelt.lu
Merci à Georges Kornwolf pour sa contribution photographique.
Magazine Wunnen
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