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15.02.2010

Un architecte et un chorégraphe s'associent pour un ballet hors du commun

"La vérité 25x par seconde" au Grand Théâtre de Luxembourg
Chorégraphie de Frédéric Flamand, Scénographie: Al WeiWei, architecte
Ballet national de Marseille

Un architecte et un chorégraphe s\\\'associent pour un ballet hors du commun
Un architecte et un chorégraphe s\\\'associent pour un ballet hors du commun
Un architecte et un chorégraphe s\\\'associent pour un ballet hors du commun
Un architecte et un chorégraphe s\\\'associent pour un ballet hors du commun
Un architecte et un chorégraphe s\\\'associent pour un ballet hors du commun


Le mélange des genres a du bon, en voici une nouvelle illustration avec ce spectacle auquel j'ai pu assister vendredi soir au Grand Théâtre de Luxembourg, "la vérité 25 fois par seconde", fruit d'une collaboration entre le chorégraphe Frédéric Flamand et l'architecte-plasticien chinois Ai Weiwei. Pendant plus d'une heure, qui file comme une fusée, les 17 danseurs du Ballet national de Marseille investissent et apprivoisent (ou se laissent dompter par) une installation géante, polymorphe, constituée d'échelles qui s'imbriquent les unes dans les autres de diverses façons dans l'espace scénographique. Les corps jonglent avec les éléments métalliques avec une légèreté confondante, traçant un flot de mouvements, dans une débauche de symétries et de ruptures, de synchronismes et de désarticulations, sans jamais perdre en fluidité. La forte composante visuelle du spectacle a convoqué dans ma tête une série de réminiscences filmiques. J'ai pensé aux ballets kaléidoscopiques de Busby Berkeley, pour l'absolue concision des tableaux, le kitsch flamboyant en moins, l'angoisse existentialiste en plus. J'ai pensé au "Secret des poignards volants", avec ses combats en hauteur dans la forêt de bambous qui défient les lois de la pesanteur. J'ai aussi pensé à "West Side Story", avec ses ballets de la rue qui apportaient de la poésie au macadam et aux grillages d'un bas quartier de New York. J'ai enfin pensé à la ville abstraite de Lars von Trier dans "Dogville", avec ses maisons tracées à la craie sur un sol noir et ses habitants qui se fondent dans la construction figurative. Bien sûr, le titre du ballet renvoie directement à une citation de Godard: "Le cinéma, c'est la vérité 24 fois par seconde". Il est donc question de vérité et de sa perception à travers l'expression artistique. Dans le livre de Calvino "Le Baron perché", dont s'est inspiré librement Frédéric Flamand, un homme décide de grimper sur les arbres pour ne plus en redescendre, se détachant des contingences humaines et sociales afin de donner libre cours à sa vision philosophique et poétique. La "vérité" découle d'une mise à distance du monde réel et d'un regard en hauteur porté sur le paysage global. Pour le spectacle au Grand Théâtre, un chorégraphe et un architecte s'associent pour nous parler de la "vérité" de l'être humain d'aujourd'hui, de la façon dont il existe et se meut dans un environnement hyper-formatté et hyper-contrôlé; ce faisant, ils nous parlent aussi de leur art et profession, qu'est-ce que la danse, qu'est-ce que l'architecture, par rapport à l'individu, à la société et à l'uniformisation des esprits... La seule réponse humainement acceptable semble contenue dans ce dispositif d'échelles métalliques qui, s'affranchissant de sa rigidité matérielle, s'anime dans l'espace, bouge au gré du vent, des lumières et des êtres qui le traversent. D'abord clouée au sol, l'étrange architecture acquiert une grâce et un souffle au cours du ballet et se plaît à jouer avec les humains industrieux et sautillants, jusqu'à en prendre un dans son sein pour le pousser vers les cieux. Ascension du corps, de la matière et de l'esprit. L'architecture n'est rien si l'humain ne lui insuffle pas de la vie...

Photos : Pino Pipitone
Magazine Wunnen
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