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10.11.2021

Conférence IDEA sur le logement à la Chambre de Commerce

Des analyses, des idées, des intentions et des interrogations

Ce mercredi 10 novembre, au centre de conférences de la Chambre de Commerce, un public nombreux a répondu présent à l’invitation de la Fondation Idea pour assister à la conférence intitulée « Politique(s) du logement : bons motifs, gros montants, faux problèmes, vrais enjeux, Et cetera »
La conférence comptait avec la participation de Semiray Ahmedova, députée et présidente de la Commission du logement, de Michel-Edouard Ruben, senior économiste au sein de la Fondation IDEA et de Nicolas Buck, CEO Seqvoia SA.
La conférence a été suivie d’une séance de questions-réponses entre l’auditoire et les trois intervenants.
Très animée, la conférence a donné lieu à une série de réflexions qui allaient du simple énoncé factuel aux prises de position idéologiques, en passant par l’exploration des pistes possibles pour résoudre la crise du logement.
Michel-Edouard Ruben a commencé par souligner ce paradoxe luxembourgeois qui tient à ce qu’on parle de problème du logement alors que le pays compte près de 70 % de propriétaires. Ce taux élevé prouverait que la politique du logement au Luxembourg a été un réel succès - au regard du fait que l’accession à la propriété immobilière par le plus grand nombre a été l’objectif principal que se sont fixé les différents gouvernements depuis des décennies. Cependant, pour que cette stratégie soit effective, l’Etat doit débourser 890 millions d’euros par an en aides et subventions diverses. Des aides de type « arrosoir » qu’il conviendrait de cibler de façon plus précise selon des critères socioéconomiques ou environnementaux.
Depuis quelques années, le gouvernement a infléchi quelque peu sa politique, mettant le focus davantage sur la création de logements abordables, au travers notamment du recours croissant au bail emphytéotique. Ce dispositif, qui a pour but de faciliter l’accession à l’acquisition de logement, peut se révéler, à terme, générateur d’inégalité sociale. En effet, les conditions de revente très restrictives du logement vendu en bail emphytéotique font que celui qui achète un bien comparable en pleine propriété sur le marché privé bénéficiera toujours d’une plus-value bien plus considérable en cas de revente ou de mise en location.
Pour Michel-Edouard Ruben, il est urgent de réformer la fiscalité immobilière, d’augmenter les taxes foncières et de revoir les exemptions générales en matière de droits de succession. Il faut inciter ceux qui détiennent les terrains constructibles à ne pas les garder vacants pour des raisons de spéculation ou de mise en réserve patrimoniale. Par ailleurs, il est également nécessaire de simplifier et d’accélérer les procédures en matière de création de projets d’habitation. Enfin, les entreprises qui embauchent pourraient être plus fortement impliquées dans la construction de logements pour leurs collaborateurs.

Semiray Ahmedova a mis en avant l’importance, non seulement de créer de nouveaux logements, mais aussi de faciliter l’avènement de nouvelles formes d’habitation : colocation, coopératives d’habitation, tiny houses et structures modulaires. Il faut construire autrement, densifier de façon intelligente, créer des quartiers diversifiés avec une grande qualité de vie, réduire la distance entre habitation et lieu de travail. L’expérience du télétravail pendant la crise de la Covid a permis à beaucoup d’ouvrir les yeux sur la possibilité d’une vie moins stressante, plus ancrée autour du lieu d’habitation. Si cette tendance s’accentue, des portions d’immeubles de bureaux pourraient être reconvertis en unités résidentielles. Par ailleurs, il convient de travailler avec la Grande Région en créant des zones franches près de la frontière pour permettre à des entreprises de décentraliser leurs bureaux. Etant donné que la majorité des terrains constructibles sont dans les mains de propriétaires privés, il faut encourager ceux-ci à les mettre à disposition pour de nouvelles constructions, par des mesures incitatives plutôt que par de la coercition.
Nicolas Buck enfin a tenu à bien distinguer le rôle de l’économie et celui de la politique. Selon lui, les entreprises n’ont à assumer aucune responsabilité en matière de création de logements. Elles n’ont qu’une obligation de création de valeur économique, et il incombe aux responsables politiques de gérer la redistribution des revenus et de pourvoir à des stratégies efficaces en matière de logement. Pour cela, il faut construire et laisser construire, en réduisant autant que possible les contraintes administratives.
La grande question qui est restée en suspens à la fin du débat était : quel modèle d’accession au logement veut-on mettre en place pour nos enfants ?
Magazine Wunnen
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