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06.05.2008

Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’

Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’
Conférence de Paul Andreu ‘L’acier et la lumière’

Un poète a construit


Une dame, en quittant la salle après la conférence, disait à son compagnon : « Mais comment fait-il pour être à la fois si poète et nous donner autant de détails techniques ? »
La réponse est claire : Paul Andreu est un poète architecte, ou un architecte poète, il écrit ses vers avec des matériaux et de la lumière.
Pendant 1h20, Paul Andreu a tenu en haleine un public de 250 personnes réuni dans la salle de conférence chez ArcelorMittal, en dissertant avec limpidité sur le thème ‘L’acier et la lumière’.
En suivant le fil chronologique, l’architecte a commenté quelques-uns de ses ouvrages les plus emblématiques, révélateurs du cheminement de son travail  : l’aéroport de Roissy et sa gare TGV-RER, l’aéroport de Pointe-à-Pitre, l’Arche de la Défense (à partir des dessins de Otto von Spreckelsen), le Musée maritime d’Osaka, l’aéroport de Nice, l’aéroport de Shanghai-Pudong, l’Oriental Art Center à Shanghai, et enfin le Grand Théâtre national de Chine, cette « perle baroque posée sur l’eau ».

« Mes enfants chéris »


Quand il se réfère à ces projets, qui presque toujours ont impliqué des chantiers imposants de très longue durée, il n’est pas rare que Paul Andreu utilise l’expression « mes enfants chéris », il est alors comme un père qui parle de son enfant devenu grand, avec amour, fierté et un brin de nostalgie.
Comme un véritable passionné de l’écriture, Paul Andreu raconte chaque chantier comme s’il s’agissait d’une épopée. Dans un langage très imagé, il insuffle un lyrisme et une valeur allégorique aux matériaux, techniques et éléments – une porte s’apparente à un rituel de passage, une façade en verre devient une échappée de l’esprit, un plafond se transforme en voûte sur laquelle s’inscrit le poème ‘L’azur’ de Mallarmé. Paul Andreu parle doucement, en cherchant délicatement les mots et formules les plus adaptés pour faire ressentir une courbe, une ligne, un volume, des éléments qui s’imbriquent, une surface en verre qui rend une gamme infinie de variations en fonction de la lumière, du vent, de la pluie, du soleil, etc. Et puis, surtout et toujours, il évoque les hommes qui sont concernés par les bâtiments, ceux qui les construisent, ceux qui les occupent et ceux qui les regardent, les ouvriers, les ingénieurs, les commanditaires, les corps de métier, les utilisateurs, les passants. L’architecture, pour Paul Andreu, livre des bâtiments aux éléments et aux hommes. A chacun d’y projeter sa lumière.

« Qu’est-ce qui rend les gens libres sinon l’art ? »


Ces dernières années, vous avez construit de nombreux ouvrages importants en Chine. Au regard de la nature du régime actuellement en place, n’avez-vous pas l’impression de contribuer, par votre architecture monumentale, à sa marque de pouvoir ?

Paul Andreu : L’art est toujours une forme d’engagement. Je respecte la position de tout un chacun dans cette question. Pour ma part, je place le travail de l’architecte dans une dimension spatio-temporelle qui va au-delà de l’actualité d’un gouvernement. La question que l’on est en droit de se poser est la suivante : dans leur décision de confier à des architectes, à des constructeurs, un projet tel que le Grand Théâtre national de Chine, les pouvoirs publics sont-ils critiquables vis-à-vis de leur population ? Ou au contraire, ne s’agit-il pas là d’une réalisation qui est l’honneur de tout un peuple, de toute une culture, de toute une histoire, passée et future ? En guise de comparaison, l’Opéra Garnier a été édifié sur l’ordre de Napoléon III, un personnage dont l’Histoire ne retient pas qu’il ait été un grand ami de la démocratie. Malgré cela, même Victor Hugo, grand pourfendeur des injustices, ne s’est pas opposé à la construction par Garnier de ce monument.
Qu’est-ce qui rend les gens libres sinon l’art ?


Vous avez été longtemps connu comme « l’architecte des aéroports ». Or depuis quelques années, vous vous êtes tourné vers des bâtiments culturels. Quelle différence entre ces deux types de bâti ?
Paul Andreu : Les circonstances et les usages sont différents, certes, mais il s’agit essentiellement du même métier. De façon raccourcie, on pourrait dire qu’auparavant je m’occupais de transport aérien et maintenant je m’intéresse au transport de l’esprit. De toute façon, j’ai toujours pensé, même quand je me consacrais aux aéroports, à ne pas me limiter à une exposition de fonctions, mais à chercher les suggestions allégoriques et poétiques. Un aéroport, c’est un lieu qui impose de réfléchir aux notions de limites, de frontières et de passage. Un bâtiment culturel implique aussi un rituel de passage, il faut préparer ce moment où le visiteur, le spectateur abandonne ses pensées du jour pour rentrer dans une autre dimension. On peut voir, dans les deux constructions, une sorte de chemin processionnel.


« Un désir de ‘légérité’ »



Quand vous parlez de l’acier, vous évoquez le désir. Comment ce matériau peut-il se faire désirer ?

Paul Andreu : A l’époque de mes premières réalisations, la construction métallique ne permettait pas de faire tout ce qu’elle peut faire aujourd’hui, non seulement sur le plan technique mais aussi au niveau de la créativité et de la poésie des structures. C’est grâce à ma rencontre avec l’ingénieur Peter Rice, au moment de la Gare TGV de Roissy et de l’Arche de la Défense, que j’ai compris les possibilités infinies de l’acier associé à une recherche sur la lumière. Depuis, je n’ai de cesse de travailler sur l’épure lumineuse qui met en forme les volumes. En parallèle avec le souci des éléments rationnels, c’est le désir qui me guide, qui me pousse, un désir qu’il faut réalimenter et raviver constamment tout au long d’un projet. Un désir de simplicité et d’évidence. Un désir de lumière et de légèreté. Non pas une légèreté en termes de kilos et de tonnes, mais plutôt une impression de légèreté. Quand il décrit cette recherche de la grâce et du mouvement en suspens dans un ouvrage, Peter Rice utilisait un très beau mot, il parlait de ‘légérité’.


Vos projets prennent du temps à se formuler, à naître. Quel sentiment avez-vous quand vous voyez ces objets se remplir de vie, passer du stade de projet à celui de l’usage ?

Paul Andreu : L’architecte est le serviteur de son bâtiment. Tant que celui-ci est en construction, il doit s’y consacrer pleinement, en faisant le sacrifice de beaucoup d’autres choses. Un chantier représente donc pour moi un engagement très intensif. Puis arrive la fin des travaux. D’un côté, c’est un soulagement et une victoire de voir un bâtiment ‘partir’ pour faire sa vie. D’un autre côté, je ne nie pas que je ressens toujours à ce moment-là une sorte de ‘baby blues’.

www.paul-andreu.com

La conférence de Paul Andreu a été organisée dans le cadre de l’exposition « Les patrimoines de l’architecture du XXe siècle en France » qui se déroule jusqu’au 24 mai 2008 à la
Fondation de l’Architecture et de l’Ingénierie, 1, rue de l’Aciérie L-1112 Luxembourg
Tél. +352-42 75 55
L’exposition et la conférence ont été organisées conjointement par la Fondation de l’Architecture et de l’Ingénierie, le Centre Culturel Français, ArcelorMittal et
CulturesFrance.
Magazine Wunnen
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