Inscription à la newsletter :

08.12.2009

Une architecture faite de sensations

Une architecture faite de sensations
Une architecture faite de sensations

Dominique Perrault, l’architecte de la Cour de justice européenne


Le 3 décembre, lors d’une conférence intitulée « Propos », l’architecte Dominique Perrault a présenté le projet de la Cour de justice des Communautés européennes, réalisé en association avec Paczowski et Fritsch architectes et m3 architectes. Lors d’une rencontre presse, l’architecte a donné quelques explications sur cet ouvrage tel qu’il s’inscrit dans sa vision de l’architecture.

D’emblée, Dominique Perrault précise qu’il fait partie d’une génération d’architectes qui ne considèrent pas « l’idée » comme essentielle et inaltérable. Il ne s’agit pas de décréter un concept et de le matérialiser contre vents et marées. « L’architecture a sa cohérence, mais elle a aussi sa souplesse », et une réalisation comme celle de la Cour de justice, qui s’est étalée sur une douzaine d’années de travail, passe par nombre de réflexions et d’affinages. Perrault cultive une démarche quasi-scientifique basée sur une volonté d’expérimentation. L’acte architectural est un processus ouvert et graduel qui part d’une théorie initiale pour ensuite la confronter à la réalité d’un lieu et à la chronologie d’un chantier.

Savoir dire « je ne sais pas »

On dit de Perrault qu’il n’aime pas voir le site avant d’avoir dessiné le concept. « En réalité, je ne veux pas connaître les contours réels d’un lieu – peu importe qu’il soit beau ou laid - en préambule de l’intervention architecturale. En premier lieu, j’élabore une ébauche basée sur les préceptes de la commande – dans le cas présent, l’énoncé était « une cour de justice européenne sur un plateau au Luxembourg ». Ce n’est qu’après l’établissement d’un premier concept que je vais visiter le lieu. Se met alors en marche un processus de validation et de dialectique qui, au fil du temps, va faire surgir un bâtiment. Il faut d’abord penser, avant d’aller voir. Ensuite, il faut remettre en cause sa vision afin de faire progresser la construction. Le fait de dire à un moment donné « je ne sais pas » est une position intellectuelle très saine qui rend possible la recherche des solutions les plus appropriées. »


Géométrie et émotion

Cet amour de l’expérimentation n’empêche pas la précision du style.
« Je crois à la géométrie. J’aime les formes élémentaires neutres. Je considère le minimalisme comme une position non-autoritaire, un choix qui permet d’être en retrait par rapport à une expression sans pour autant s’effacer. » Le minimalisme permet de diluer l’architecture dans une vision plus vaste mêlant bâtiment, ville et nature, fonction, emblème et perception physique. Les structures existantes sont englobées dans les nouvelles, l’ensemble institutionnel gagne en représentativité et matérialité, tout en marquant une nouvelle étape dans la création du nouveau quartier de la Porte de l’Europe. Dominique Perrault pratique une architecture des sensations, une architecture physique, que l’on traverse et expérimente, dans laquelle on sent le vide et le plein, l’opacité et la luminosité, les couleurs et les textures. « Ce qui m’intéresse, c’est qu’il y ait perception et émotion. » C’est à travers la multiplication des sensations que l’architecte arrive à faire plier la monumentalité d’un ensemble tel que la Cour de justice et à l’offrir aux individus qui l’occupent et à ceux qui le regardent.

Un géant apaisé

Le gigantesque et l’institutionnel sont associés à des éléments qui parlent au cœur – ainsi, ce stupéfiant baldaquin en maille d’aluminium doré dans la grande salle de la Cour, visible depuis la rue et qui donne des éclats chaleureux à la symbolique de la justice. Ou encore, ces deux tours, les plus hautes actuellement au Luxembourg, qui sont un signe visible à des kilomètres à la ronde, mais dont la façade tachetée de jaune ne cesse de jouer avec la lumière et les regards.
Perrault refuse d’être un constructeur de murs, au contraire « il déteste tout ce qui sépare les êtres ». Les bâtiments doivent être construits avec un désir de non-cloisonnement physique et matériel, social et environnemental.

Donner de la vie à un nouveau quartier

La tâche de Perrault au Luxembourg n’est pas terminée avec la réalisation de la Cour de justice des Communautés Européennes. Le Fonds d’urbanisation et d’aménagement du plateau de Kirchberg lui a en effet confié une mission portant sur le réaménagement urbain du quartier Porte de l’Europe. Ce vaste projet, dont la réalisation s’étalera jusqu’en 2020, sera ponctuée par l’élargissement de l’avenue Kennedy, la création de nouveaux espaces verts et piétonniers facilitant les accès vers la Philharmonie et le Mudam, l’avènement du tram, l’accueil d’autres institutions européennes, des bureaux, des commerces et des logements… Casser la monumentalité et la froideur d’un espace hétérogène et le rendre plus vivable : tel est le défi pour Perrault. Avec, en point d’orgue, la construction d’une troisième grande tour qui signera la naissance d’un nouveau paysage urbain, plus oxygéné, plus accueillant, plus humain.

La quatrième extension de la Cour de Justice Européenne


La Cour de Justice des Communautés européennes constitue un ensemble de 600 mètres de long sur 150 mètres de large, installé sur un territoire de 7,5 hectares, à la pointe du plateau de Kirchberg dominant la ville de Luxembourg.
Inauguré le 9 janvier 1973, le bâtiment, conçu par Jean-Paul Conzemius, a fait l’objet de trois extensions inaugurées en 1988, 1993 et en 1994, toutes trois opérées par les architectes luxembourgeois Bohdan Paczowski et Paul Fritsch. En 1996, la mission fut confiée à l’équipe de Dominique Perrault, associée aux cabinets luxembourgeois Paczowski et Fritsch et M3 architectes, d’opérer une nouvelle extension et de tripler la capacité de la Cour, passant de 50.000 m² à 150.000 m². L’ensemble de ces opérations a été mené de 2002 à 2008. La nouvelle extension a été inaugurée le 4 décembre 2008. Plus que d’extension, l’architecte a voulu créer des éléments de liaison et un renforcement de l’existant : un anneau orthogonal qui enveloppe en transparence l’ancien Palais et qui abrite les bureaux de la Présidence, deux tours de 24 étages de bureaux pour les traducteurs et une galerie de liaison, épine dorsale du projet, reliant toutes les parties anciennes et nouvelles comprenant bibliothèque, restaurants, banque, kiosque à journaux, salons…
Magazine Wunnen
www.wunnen-mag.lu | info@wunnen-mag.lu